Coupe du monde 2026: de Diagne à Evra, ces joueurs aux racines sénégalaises et aux histoires Bleues

À l’occasion de France-Sénégal, ce mardi 16 juin 2026 à New York, retour sur les parcours de cinq anciens joueurs des Bleus aux racines profondément sénégalaises. De Raoul Diagne, pionnier et premier joueur noir de l’équipe de France, à Patrice Evra, qui a souvent interrogé son choix de sélection, ces trajectoires racontent des liens proches entre le Sénégal et la France.

Raoul Diagne, à jamais le premier

Raoul Diagne naît en Guyane. Il est surtout le fils de Blaise Diagne, figure majeure de la vie politique française et africaine : député du Sénégal à l’Assemblée nationale et ministre des Colonies. Arrivé en métropole à dix-huit mois, Raoul Diagne découvre le football à treize ans à l’école. Très vite, son style aérien, sa détente et son sens du jeu lui valent le surnom d’« araignée ». S’il affectionne l’aile droite, c’est au poste de défenseur latéral droit, très offensif pour l’époque, qu’il s’impose.

En 1931, il devient le tout premier joueur noir de l’histoire de l’équipe de France, lors d'un match amical contre la Tchécoslovaquie à Colombes (1-2). Il portera le maillot bleu à 18 reprises, jusqu’au 28 janvier 1940 (France–Portugal, 3-2). Presque trente ans plus tard, au début des années 1960, il boucle la boucle en devenant sélectionneur de l’équipe nationale du Sénégal.

Jean-Pierre Adams, la « Garde noire »

Né le 10 mars 1948 à Dakar, Jean-Pierre Adams passe son enfance jusqu’à l’âge de dix ans dans un Sénégal encore en pleine période coloniale. En 1958, il quitte le pays avec sa grand-mère. Adopté par une famille française, il découvre le football à Montargis.

Champion de France amateur en 1968 et 1969 avec Fontainebleau, Jean-Pierre Adams fait les beaux jours de la défense de Nîmes au début des années 1970 avant de passer à Nice et au PSG.

Plus tard, ce fils de Dakar deviendra l’un des premiers grands défenseurs centraux noirs de l’équipe de France. Aux côtés de Marius Trésor, il forme une charnière centrale restée légendaire, surnommée la « Garde noire ».

Sa trajectoire en équipe de France est brutalement interrompue par une erreur d’anesthésie lors d’une opération du genou qui le plonge dans le coma pendant 39 ans, jusqu’à sa mort le 6 septembre 2021.

Patrick Vieira, un retour au pays par Diambars

Patrick Vieira naît le 23 juin 1976 à Dakar et c’est dans le quartier populaire des Amitiés qu’il fait ses premiers pas. À huit ans, il quitte définitivement le pays avec sa famille pour s’installer à Dreux, en France. 

Doué et précoce, Vieira connaît sa première sélection avec l’équipe de France A à 20 ans. La suite est celle d’un monument des Bleus : champion du monde 1998, champion d’Europe 2000, capitaine à de nombreuses reprises, et un total de 107 sélections. Il dispute notamment le fameux France – Sénégal d’ouverture du Mondial 2002, qu’il qualifiera plus tard de « cadeau du bon Dieu ».

Vieira n’a jamais voulu couper le fil avec le Sénégal. En 2003, il y revient pour la première fois depuis son départ pour fonder l’Institut Diambars avec son ancien coéquipier Bernard Lama. L’académie, installée à Saly, deviendra un vivier du football sénégalais moderne, formant notamment des champions d’Afrique comme Idrissa Gueye, Saliou Ciss ou Bamba Dieng.

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Patrice Evra, les regrets d’un choix

Patrice Evra voit le jour le 15 mai 1981 à Dakar. Son père est sénégalais, sa mère française. Il quitte le Sénégal très tôt, à l’âge d’un an, pour grandir en région parisienne. Happé par le foot, il fait sa formation comme attaquant, avant d’être repositionné latéral gauche à Nice. Le choix est payant : en 2002, il est élu meilleur latéral gauche de Ligue 2, puis s’impose à Monaco, à Manchester United. Avec les Bleus, il cumule 81 sélections. Il dispute trois Euros (2008, 2012, 2016) et deux Coupes du monde (2010 et 2014), étant même capitaine lors du Mondial 2010, dont il devient l’un des acteurs centraux de la fameuse « grève du bus ».

Après sa retraite internationale, Evra s’est souvent exprimé sur son rapport à ses origines et a ainsi confié que, s’il pouvait revenir en arrière, il choisirait de représenter le Sénégal plutôt que la France. Il a résumé ce malaise dans une phrase : « Quand tu joues bien et que tu gagnes, tu es Français. Quand l’équipe perd, on te rappelle que tu es Sénégalais. »

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Bacary Sagna, le rendez-vous manqué

C’est à Sens, en Bourgogne, dans une famille sénégalaise, que naît Bacary Sagna. Dans sa jeunesse, Sagna rêve de défendre les couleurs des Lions de la Téranga. À 17 ans, alors qu’il commence à se faire un nom à l’AJ Auxerre, il contacte la Fédération sénégalaise de football pour proposer ses services. Selon le récit de son père, la fédération ne donnera jamais suite. « J’ai un goût amer pour la Fédération sénégalaise de football », confiera-t-il plus tard, expliquant avoir eu au téléphone Amara Traoré et Abdoulaye Sarr, alors en charge de la sélection, sans que rien ne se concrétise. « Il souhaitait être dans le groupe Espoir du Sénégal… Malheureusement ils n’ont jamais rappelé… »

Face à ce manque de réponse, Bacary Sagna poursuit logiquement son parcours en Bleu. Il passe par l’équipe de France espoirs, puis est appelé pour la première fois avec les A par Raymond Domenech le 24 mai 2007. Au total, Sagna disputera 65 matchs avec l’équipe de France, avec deux Coupes du monde au compteur.